Introduction

            Au terme des trois sessions des estaminets du climat tenus dans le quartier Moulins, des propositions collectives ont émergé grâce au travail de réflexion de deux groupes distincts. Celles-ci ont pour objectif principal d’être restituées aux élus du conseil municipal de quartier et de la Ville de Lille en vue de leur insertion au Plan Climat Energie Territoriale de la Ville mais aussi et surtout d’être concrétisées selon un calendrier qu’il conviendra de définir. Il faut enfin souligner que ces propositions collectives viennent compléter les initiatives individuelles prises par chacun des participants lors des estaminets (gestes éco-responsables quotidiens) en plus de leur engagement à sensibiliser leur entourage (proches, voisins, collègues…) aux problématiques induites par le réchauffement climatique.

            Aussi, ces dites propositions ont été bâties selon le schéma suivant :

– Ce qu’il serait souhaitable pour le quartier au regard des enjeux présents et à venir
– L’implication nécessaire de la Ville pour y parvenir
– Ce que nous, habitants, pouvons apporter dans ces projets   

 Moulins sans pétrole

            Un premier groupe de réflexion a émergé autour du scénario d’un avenir sans pétrole. Il s’agissait d’allier deux problématiques majeures : le réchauffement climatique induit par nos consommations d’énergie et notre trop forte dépendance aux énergies fossiles dont la raréfaction augure des bouleversements radicaux dans notre manière de produire et consommer.

Au vu de cette (double ?) problématique, les participants de l’estaminet ont axé leur travail sur le postulat suivant : puisque nous devons lutter activement contre le réchauffement climatique tout en sachant que la raréfaction du pétrole le rendra inaccessible à moyen terme, il serait raisonnable d’envisager une transition douce vers l’après-pétrole.    

            Pour se faire, les participants ont listé trois grandes étapes à la fois indispensables mais aussi interdépendantes les unes des autres :

 

1)    Etablir le bilan carbone du quartier

            Afin de profiter de données chiffrées à l’échelle du quartier il nous semble indispensable d’établir son propre bilan carbone. Ce qui nous permettrait à la fois de nous appuyer sur des données précises (et par extension de connaître notre degré de dépendance vis-à-vis des énergies), de prioriser nos actions mais aussi et surtout de communiquer auprès des habitants du quartier.

Car, comme il a été relevé à plusieurs reprises lors des estaminets du climat, il est plus facile de sensibiliser les habitants, de prendre la mesure des enjeux et de les aider à s’approprier les problématiques lorsque nous bénéficions de données concrètes plutôt que de supports abstraits ou paraissant éloignés du quotidien.

Ce bilan carbone aurait donc une double facette :

– Base de travail permettant de prioriser les actions entreprises et de suivre les évolutions
– Outil de sensibilisation auprès des habitants, associations etc. susceptible de générer des actions collectives et/ou des prises d’initiatives individuelles

Avantage / Faisabilité : sachant que la Ville de Lille établit son Bilan Carbone tous les trois ans, il pourrait être envisagé une désagrégation des données à l’échelle des quartiers sans réel surcoût (Si appel à prestataire extérieur, il suffirait d’inscrire cette volonté dans le cahier des charges lié à l’appel d’offre afférent)

 

2)    Créer une commission « Pic pétrolier »

            A la suite d’une première étape qui entend « photographier » les consommations du quartier et à partir de laquelle nous pourrions travailler, il nous a semblé important de nous focaliser sur une démarche prospective, laquelle tendrait à préparer demain dès aujourd’hui.

            En effet, grâce aux données rendues disponibles, nous pourrions élaborer des scénarios possibles et envisager des pistes d’actions afin de prendre les devants. Ces scénarios peuvent prendre la forme de prévisions financières (« Si le pétrole atteint un coût X en 2020, une consommation égale à aujourd’hui coûterait Y à la collectivité et/ou aux particuliers avec risque d’une hausse des impôts, voire précarité énergétique pour les revenus Z), environnementales (« si nous consommons les mêmes types d’énergies sur les mêmes bases, nos rejets en CO2 seront équivalents à), culturelles (« étant donné notre dépendance au pétrole, que se passe t’il se demain nous ne pouvons plus nous approvisionner ? ») etc.

            Ainsi et pour parer à toutes ces questions que se poseront tôt ou tard (la raréfaction des énergies fossiles est un fait établit, même si les scénarios diffèrent dans la communauté scientifique), il nous semble primordial de créer une commission ad hoc[1], laquelle aurait plusieurs fonctions :

– Récolter / centraliser les données disponibles
– Elaborer des scénarios en fonction de ces données
– Communiquer à l’échelle du quartier afin de faire prendre conscience à la société civile
– Servir de centre de ressource pour les citoyens
– Expertiser les projets et conseiller les habitants, collectifs, associations etc. souhaitant prendre des initiatives afin de se préparer à l’après-pétrole

De fait, et pour répondre à la question centrale du « comment s’organise- t-on et comment s’adapte-t-on à la pénurie de pétrole ? », nous avons imaginé la création d’une commission composée comme suit :

– Elus
– Représentants des services techniques directement concernés
– Partenaires
– Universitaires
– Société civile
– Habitants

 

3)    Création d’un groupe d’habitants mobilisés

            La création d’un groupe d’habitants mobilisés est plus délicate puisqu’elle relève de la volonté individuelle et ne peut être, par définition, contrainte. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons que la Ville de Lille crée les bases d’une prise de conscience / prise d’initiative grâce aux deux points précédemment énoncés.

Mis à part la volonté de certains participants à l’estaminet du climat de s’investir dans un groupe d’habitants, nous sommes en effet persuadés que celui-ci peut s’étoffer de manière conséquente grâce au travail en amont initié par la Ville.

Car si les habitants bénéficient d’outils pratiques et de données chiffrées, si le groupe d’experts communique sur des scénarios possibles et enfin, si les habitants s’aperçoivent de la légitimation par la Ville de Lille de cette problématique au travers de la constitution d’une commission et grâce à sa volonté affichée de s’appuyer sur chacun pour élaborer ses plans d’action ; il est tout-à-fait envisageable de voir se constituer des collectifs de terrain (médiation, sensibilisation, actions concrètes) représentés par des porte-paroles qui intègreraient la commission susmentionnée.

Notre postulat de l’appropriation de cette thématique par les habitants table donc sur la création des conditions pour que ce groupe existe. Certes il s’agit d’un projet ambitieux mais néanmoins nécessaire, tout-à-fait faisable et finalement peu coûteux au regard des enjeux.

 

4)    Sources d’inspiration

            Afin d’élaborer cette présente proposition, les participants se sont appuyés sur divers éléments qui les auront amenés non seulement à considérer les divers enjeux mais aussi la faisabilité du projet. Pour se faire, et grâce au concours de Mr Luc Semal, les habitants se sont inspirés de démarches / projets déjà en cours dans d’autres villes / pays :

– Les « Peak Oil Task Force » (Commission Pic Pétrolier) des post-carbon cities :
http://postcarboncities.net/

– Les « groupes de transition » (groupes d’habitants) : http://www.transitionfrance.fr/

– « Ath en transition » : http://athentransition.over-blog.org/

– Totnes (première ville en transition) : http://www.transitiontowntotnes.org/


[1] Attention, ne connaissant pas les implications de la création d’une « commission », il pourrait être plus adéquat de créer une « délégation », un « groupe de travail » etc. Sur ce point nous vous laissons juger de la formule la plus adéquate. Cependant, et il s’agit là d’une demande de notre part, l’idéal serait de choisir une formule qui pourrait laisser place à l’habitant

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